De l’efficacité à la maîtrise : comment l’IA redéfinit la valeur d’entreprise

Si nous pouvons faire en sorte que tous – au sein des entreprises, des organisations, des gouvernements et des collectivités – puissent y avoir accès et la comprendre, le discours au Canada pourra passer de ce que l’IA vous fera, à ce que l’IA fera pour vous.
Louis Têtu, président exécutif du conseil d’administration
Coveo
Les cycles technologiques débutent souvent par de très grandes attentes. Nous découvrons les prototypes et imaginons un potentiel transformateur, ce qui alimente les investissements et l’engouement médiatique. Avec le temps, l’enthousiasme initial fait place à une réalité plus pragmatique. Les chefs d’entreprise doivent transformer ces premières expérimentations en compétences durables.
Louis Têtu, président exécutif du conseil de Coveo, comprend parfaitement cette transition. Lors de ses interventions dans de grands forums technologiques internationaux tels que le Web Summit Vancouver 2026, il ramène systématiquement l’attention vers les retombées concrètes. L’effervescence du début doit céder le pas à la rigueur opérationnelle et à des améliorations mesurables. « L’engouement stimule la croissance, souligne-t-il, mais ce sont les résultats financiers qui déterminent ce qui perdure. »
Pour M. Têtu, les organisations ne peuvent pas se permettre de traiter l’IA comme une simple expérience isolée. Elles doivent bâtir une véritable maîtrise au sein de leurs équipes. Cela exige un changement fondamental dans notre façon d’envisager la transformation numérique. Il nous faut dépasser le modèle où les TI gèrent une succession de projets pilotes pour des cas d’usage restreints et cloisonnés. L’impératif de l’IA, selon M. Têtu, consiste, au contraire, à intégrer les compétences numériques à l’échelle de l’organisation. Il s’agit de remplacer l’attitude consistant à « attendre qu’une solution soit prête pour nous » par la capacité de tous les employés d’améliorer leur propre productivité.
Pour accroître ce que nous sommes capables d’accomplir, le véritable progrès énorme en matière de gains de productivité, découle de la compétence et de la maîtrise, pas seulement de l’efficacité. Il s’agit de la capacité pour les personnes d’en faire plus par elles-mêmes, et non de simplement multiplier les tâches ou d’aller plus vite.
Aller au-delà de la simple « efficacité »
De nombreuses entreprises considèrent, à tort, l’IA d’abord comme un outil d’efficacité : « faire plus, plus rapidement ». Cette approche focalise l’attention sur l’automatisation des flux de travail pour gagner quelques minutes ici et là. Pour M. Têtu, cette perspective passe à côté d’une occasion bien plus vaste.
M. Têtu conçoit la « maîtrise » comme la capacité des employés à résoudre des problèmes d’ordre supérieur, en toute confiance. Cela permet aux professionnels de gérer plus efficacement la complexité croissante des affaires. Il insiste sur le fait que la technologie doit rehausser le potentiel humain. « La maîtrise, affirme M. Têtu, consiste à fournir aux gens le contexte dont ils ont besoin pour prendre la meilleure décision possible sur-le-champ. »
Lorsque les équipes disposent d’outils contextuels, elles prennent des décisions plus éclairées. Un gestionnaire de chaîne d’approvisionnement peut composer plus efficacement avec les perturbations mondiales. Un représentant du service à la clientèle peut anticiper les besoins des clients avec une précision nettement accrue. Cela déclenche une vague d’innovation ascendante : les employés qui comprennent les activités principales d’entreprise découvrent de toutes nouvelles manières d’appliquer la technologie. D’exécutants de tâches, ils deviennent des penseurs stratégiques.
Dans toute organisation, comme dans toute société, il y aura toujours des individus qui comprennent mieux la technologie que d’autres. Cependant, l’IA est une technologie hautement « horizontale » qui transforme chaque secteur d’activité, chaque citoyen et l’ensemble de notre quotidien. Ainsi, pour réaliser de véritables gains, on doit s’assurer que chaque membre de l’organisation acquiert de solides compétences en matière d’IA.
Démocratiser la culture de l’IA : pour la maîtrise, l’engagement et la rétention
Pour atteindre cette maîtrise, il est essentiel d’instaurer une culture de l’IA à l’échelle de l’entreprise. Plutôt que d’être un mandat exclusif confié aux TI pour dénicher et déployer des solutions d’IA, cela doit devenir une initiative « horizontale ». Louis Têtu soutient « qu’impliquer l’ensemble des employés à la transformation portée par l’IA est la meilleure façon de piloter ce processus ». Chaque service doit donc avoir les moyens d’apprendre, de comprendre et de développer ces nouvelles aptitudes. Les occasions offertes par l’IA doivent être aussi accessibles aux travailleurs de première ligne qu’aux analystes financiers.
Lorsque la technologie demeure confinée à un laboratoire spécialisé, à un projet pilote ou à un environnement d’expérimentation, son impact reste limité, voire théorique. Mais lorsqu’elle est omniprésente au sein des équipes, parce qu’elle émane de celles-ci, elle devient un vecteur quotidien de valeur ajoutée. De surcroît, lorsque les solutions sont élaborées par les personnes qui les utilisent, l’adoption s’accélère et les craintes s’estompent.
Cette démarche globale crée également un écosystème où les talents locaux hautement qualifiés peuvent s’épanouir. Les professionnels souhaitent évoluer au sein d’organisations qui les valorisent et leur donnent les moyens d’agir. Proposer des plateformes avancées et intuitives constitue une stratégie essentielle de fidélisation des talents. C’est le signe qu’une entreprise investit dans l’avenir de ses effectifs et dans les outils nécessaires pour rivaliser sur la scène mondiale.
Tout autant que nous sommes passionnés par la science et la recherche, nous devons l’être par l’adoption, l’industrialisation, la commercialisation et la monétisation de notre propriété intellectuelle.
Commercialiser la recherche canadienne
Le Canada produit une science et une recherche de calibre mondial. Nos établissements universitaires figurent parmi les chefs de file mondialement reconnus en développement technologique. Nous en constatons les effets concrets, puisque la recherche canadienne en IA jette les bases des percées de demain. Retenir nos meilleurs talents exige de leur fournir les meilleurs outils de travail.
Le Canada fait face à un paradoxe de l’innovation : nous excellons en recherche fondamentale, mais nous avons de la difficulté à commercialiser nos innovations à grande échelle. Pour être véritablement passionnés par l’adoption, l’industrialisation et la commercialisation, nous devons combler l’écart entre la recherche en IA et son adoption.
Cela signifie veiller à ce que l’abondance de notre expertise se traduise par des bénéfices tangibles pour nos industries nationales. Si nous ne parvenons pas à tirer le meilleur parti de ces capacités et à les rentabiliser à l’intérieur de nos propres frontières, nous risquons de perdre nos esprits les plus brillants au profit d’organisations internationales. Nos talents partiront avec leur propriété intellectuelle, au bénéfice des géants technologiques étrangers. Bâtir de solides écosystèmes technologiques nationaux garantit que l’expertise locale soutient directement la compétitivité du pays. Lorsque les entreprises canadiennes adoptent des innovations canadiennes, c’est l’économie tout entière qui en bénéficie.
L’infrastructure ne transforme l’économie que si chaque entreprise peut s’y brancher facilement. Comment intégrer rapidement l’IA dans 100 000 entreprises en deux ou trois ans? En créant une infrastructure hautement industrialisée et aisément accessible à l’ensemble de la population et des entreprises canadiennes.
Bâtir un écosystème d’IA sur demande
Pour Louis Têtu, le troisième et dernier élément indispensable pour s’imposer dans le domaine de l’IA est l’accessibilité. Si nous voulons former notre main-d’œuvre (et l’ensemble de notre population) tout en jetant un pont entre la recherche et l’industrialisation, l’IA doit être sécuritaire, digne de confiance et facilement accessible. Il estime qu’il est primordial de disposer de capacités d’IA normalisées et accessibles, avec des outils aussi faciles d’accès que l’électricité ou l’eau courante. C’est ce qu’il appelle « livrer l’IA sur demande ».
Lorsque les entreprises peuvent facilement se brancher à des capacités d’IA sécurisées, l’adoption s’accélère à pas de géant. Cet écosystème permet aux moyennes entreprises comme aux grandes organisations d’intégrer des renseignements stratégiques de façon transparente, un levier essentiel pour générer un impact économique au Canada.
Rendez l’adoption facile. Développez les compétences des gens autour de cette technologie, tout en mettant une infrastructure facilement accessible à la disposition des entreprises, des institutions et des gouvernements. C’est ce que j’appelle l’IA sur demande.